Performer ou l’art de devenir maître de Kyudo

Rémi Tremblay

Point de vue – Rémi Tremblay

Ancien PDG d'Adecco Canada, Rémi est président et fondateur depuis 2004 de La Maison des leaders, une firme qui accompagne les leaders qui souhaitent repousser les frontières de leur leadership. Il est également auteur de trois ouvrages : "Découvrez le bonheur au boulot", "Les fous du roi" et "J'ai perdu ma montre au fond du lac".

Cet article fait suite à la série Leadership de conscience avec Rémi Tremblay.  Vous pouvez visionner l’entrevue avec Rémi ici.

Je m’inquiète de la performance de nos organisations, tant dans le secteur public que privé.  La performance engendre l’abondance et suscite un sentiment de fierté et de confiance.  Pour moi, elle est un résultat. Et pour y parvenir, il faut avoir consacré toute son attention à bien faire son travail, une chose à la fois, animé d’une bonne intention.

Le drame actuel, c’est que l’on a fait de la performance un objectif. C’est aussi ce que l’on a fait des résultats financiers. Les organisations ont dorénavant des objectifs de résultats. Par conséquent, nous avons détourné notre regard du client, de nos collègues et de nos actions. De cette façon, nous nous éloignons du processus qui engendre
les résultats et la performance pour ne tourner notre regard que vers la cible : performer… Doucement, dangereusement, nous devenons obnubilés par la cible… La
cible, toujours la cible. Et nous oublions tout ce qu’il y a autour et qui devrait pourtant mériter notre attention.

J’ai été témoin de la contre-performance dans le milieu des soins de santé chez des soignants à qui on avait donné des objectifs de performance élevés et imposé un programme de suivi rigoureux. Dévoués comme on les connaît, ils se sont consacrés entièrement à la nouvelle cible, en se détournant de leurs patients. Ils ont augmenté leur efficacité individuelle, certes, mais la performance globale s’est dégradée. L’augmentation du stress, la perte de sens et de motivation liées au fait de servir l’organisation plutôt que les malades a engendré de l’absentéisme et des congés de maladie accrus.  Qui sait, peut-être que les patients guérissaient aussi moins vite ? La mission des soignants est de prendre soin des patients. N’est-ce pas ce sur quoi ils devraient d’abord se concentrer ?

Cette relation entre la cible et les moyens que l’on prend pour l’atteindre me font penser au Kyudo. Vous ne savez pas à quoi je fais référence ? Un jour, j’ai rencontré un jeune Japonais qui m’a demandé si je pratiquais le Kyudo… Devant mon ignorance, voici ce qu’il m’a dit sur cette discipline: «Le Kyudo est l’art du tir à l’arc japonais, un art qui exige plusieurs années d’apprentissage avant que l’élève n’atteigne le statut de maître de kyudo». J’en concluais rapidement que cette technique était fort complexe. Il me confia pourtant qu’elle n’est fondée que sur huit phases distinctes et consécutives très simples, mais que le défi repose sur autre chose. «Atteindre la cible est la conséquence du bon équilibre entre un corps et un esprit disciplinés et harmonisés. » Autrement dit, il faut des années pour que l’élève se détache de la cible afin de se concentrer sur la chorégraphie gestuelle et d’arriver finalement… à atteindre cette cible. La cible n’est plus l’objectif, mais bien le résultat. C’est en se détachant de notre obsession de vouloir l’atteindre qu’on parvient à la toucher. La cible est comparable à notre ego. Lorsque nous appliquons toute notre attention à l’atteindre, nous oublions tout ce qui l’entoure, et nous ne servons que nous-mêmes.

Pourtant, pour réussir, pour obtenir des résultats et être performant, il faut travailler à faire fondre son ego, à se détacher de la cible et concentrer toute son attention sur le processus : être présent à soi et aux autres. Il faut être occupé à servir.  Bien sûr, il importe d’avoir des rêves, des objectifs, des idéaux mais… Je suis convaincu que pour atteindre ces objectifs, il faut d’abord oser s’en détacher. C’est ainsi qu’on les dépassera.

Et vous, que demandez-vous à vos employés ? De performer ou de servir ?

Rémi

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8 réponses à “Performer ou l’art de devenir maître de Kyudo”

  1. Corinne dit :

    Je suis tout à fait d’accord avec l’auteur : la qualité engendre le résultat. Et pourtant, bon nombre d’entreprises recrutent avant tout des « chasseurs »… La faute à qui ? La concurrence ? La « crise » ? Les objectifs ?
    Il n’empêche qu’un bon portefeuille doit être cultivé afin de rendre les meilleurs fruits et « performer ».
    En capitalisant sur l’acquis, on peut déjà assurer 90% des résultats, pour le reste il faut se surpasser et faire marcher ses cellules grises : créativité, imagination, débrouillardise, opportunisme et force de persuasion.

  2. Chantal dit :

    Malheureusement, la performance à tout prix devient la norme dans plusieurs sphères d’activités. J’ai parfois l’impression que le rythme de vie effréné nous pousse à simplement foncer sans se poser de questions. Pour atteindre de bons résultats il faut y mettre du temps (au moins un peu!) afin de réfléchir au bon processus et, comme vous le dites « être présent à soi et aux autres ».

    Comme je le répète depuis plusieurs années à qui veut bien m’entendre : Arrêtons de courir, ça ira plus vite! …et avec de biens meilleurs résultats puisqu’on évite de tout refaire à plusieurs reprises. Wink

  3. Serge dit :

    Bonjour,
    Que dire de plus !!!!!!!
    Sortir de l’hyper compitivité grace à une dynamique coopétitive afin de prendre du recul et changer la vision que l’on a ou que l’on veut avoir des choses et de la performance !
    C’est une solution que je préconise ( http://proser.renard.free.fr/ ), mais est-elle la seule possible ?, surement pas, mais elle a le mérite d’exister.
    Très cordialement

  4. Jean-Michel dit :

    Bonsoir,
    trés bel article, en effet nous sommes souvent hypnotisé par le but ou l’objectif que nous poursuivons, si nous sommes trop concentré nous oublions les contours de la cible, un peu comme une mouche qui se brule sur la lampe fascinée par la lumière…

  5. Jean Yves dit :

    Merci Rémi. C’est rafraîchissant (Sans jeu de mots avec la température actuelle). Il est tout à fait vrai que nous oublions le processus et le « pourquoi nous faisons ce que nous faisons » en nous concentrant sur la cible.
    Le but n’est pas le but, c’est la voie… Lao Tseu

  6. Guillaume-Nicolas dit :

    Ca marche aussi avec le Iaï-dô Wink

  7. Denis dit :

    Votre propos est très pertinent, et mérite une prise de conscience chez beaucoup d’entrepreneurs à mon avis. Jason Fried de ‘’37 Signal’’ tien le même propos sur le résulta et sur la croissance des affaires sur la simple recommandation de client satisfait et rien d’autre. Je ne connais pas le Kyudo, mais ça semble refléter tous les arts martiaux d’origine japonaise. L’équilibre du corps et de l’esprit avant tous ( le corps étant ses travailleurs et l’esprit le management)


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