Et si mes peurs étaient mes alliées ?

Rémi Tremblay

Point de vue – Rémi Tremblay

Ancien PDG d'Adecco Canada, Rémi est président et fondateur depuis 2004 de La Maison des leaders, une firme qui accompagne les leaders qui souhaitent repousser les frontières de leur leadership. Il est également auteur de trois ouvrages : "Découvrez le bonheur au boulot", "Les fous du roi" et "J'ai perdu ma montre au fond du lac".

Cet article fait suite à la série Leadership de conscience avec Rémi Tremblay.  Vous pouvez visionner l’entrevue avec Rémi ici.

J’ai mis beaucoup de temps à accueillir mes peurs et à les regarder en face. Vous savez, un gars du Saguenay, ça n’a pas peur. La peur, c’est pour les faibles !
J’ai commencé à les accepter le jour où j’ai compris qu’elles étaient des alliées derrière lesquelles se cachent parfois des intuitions. Par exemple, si vous n’avez pas peur du feu, vous allez vous brûler.

La peur, dans sa sagesse, vous indique de fuir le feu ou de l’éteindre. Elle est donc votre alliée.  Pendant toutes les années où j’ai refusé de voir mes peurs, j’ai aussi refusé d’entendre celles de mes collègues ; par conséquent, j’ai perdu des occasions d’éviter des erreurs. Je me rappelle quand Linda m’a dit : « Je doute qu’on fasse le bon choix. J’ai peur qu’on soit en train de se tromper ». Je lui ai répondu de me faire confiance, et j’ai même ajouté qu’elle devrait probablement réfléchir à sa capacité de gérer le changement. Trois mois plus tard, on frappait un mur ! Si j’avais accepté d’entendre la peur que Linda avait exprimée et si j’avais fait appel à notre intelligence collective au lieu de nier sa perception, j’aurais évité bien des dégâts…

Tant que nous nions nos peurs, ce sont elles qui nous gèrent. Elles nous envahissent, nuisent à notre capacité d’observer, de sentir, et même d’analyser. J’ai moi-même connu des moments de panique immobilisante ou, au contraire, des moments frénétiques où j’entreprenais des actions dans toutes les directions. Je ne suis certainement pas le seul à avoir connu de telles expériences.

Quand on ose nommer ses peurs, quand on dit : « J’ai peur », elles perdent rapidement leur aspect flou. On peut les regarder en face et entreprendre de gérer avec elles, au lieu d’être géré par elles.

Pour assurer la réussite d’une organisation, il importe donc d’oser nommer ses peurs, afin de découvrir les intuitions qu’elles cachent. De plus, on découvre souvent que l’on est rarement seul à avoir peur. Et quand la moitié d’un comité de direction a peur, il est crucial de revoir la stratégie !

On a longtemps cru qu’un bon leader se devait d’être fort et de ne pas insécuriser ses troupes. Je crois plutôt qu’oser exprimer ses doutes et sa vulnérabilité est une preuve
de courage et d’intelligence.  D’ailleurs, on a bien moins peur ensemble, croyez-moi ! C’est comme en forêt : seul, la nuit, des yeux de loups nous regardent de partout, mais ensemble, le jour, on n’a même pas conscience que des loups habitent la forêt.

Je ne suis plus de l’école qui affirme qu’on doit lutter contre ses peurs et tenter de les vaincre.  La vie peut être tellement plus douce ! Maintenant, j’essaie simplement de les accueillir sans jugement, et je tente de saisir ce qu’elles ont à me dire.

Ce que j’ai aussi appris, c’est que lorsque je partage mes peurs et que personne autour de moi n’y trouve de fondement, elles s’évanouissent habituellement d’elles-mêmes. Ce n’était peut-être finalement que mon ego qui voulait attirer l’attention, cette partie de moi qui cherche parfois à me maintenir dans le connu, dans la sécurité du statu quo…

Qu’est-ce qui vous inquiète pour votre organisation en ce moment ? Aurez-vous le courage de le partager ?

Rémi

« Tant que nous nions nos peurs, ce sont elles qui nous gèrent.  Elles nous envahissent, nuisent à notre capacité d’observer, de sentir, et même d’analyser. »

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18 réponses à “Et si mes peurs étaient mes alliées ?”

  1. Salut Rémy,

    je pense que reconnaître et même identifier ces peurs est un bienfait pour chaque personne.

    Lorsqu’une peur survient, on peut se servir de ça pour nous booster et accomplir de grandes choses; surtout dans le cas où l’on veut par exemple sortir de nos habitudes et essayer de nouvelles choses.

    Par contre, il y a aussi des moments où il faut savoir écouter ces peurs, comme lorsqu’on est en affaire avec quelqu’un et que l’on imagine que cette relation d’affaire peut nous mener à la catastrophe. Dans ce cas, il vaut mieux être prudent.

    Donc, en fonction des situations, nos peurs sont soit un frein, soit une bon parti pour nous.

    Amicalement,
    Samuel
    Le dernier article de samuel@entrepreneur d’internet: Comment faire une étude du marchéMy Profile

  2. Eric dit :

    Cet article est à associer au stress positif. Nombreuses sont les situations anxiogènes pouvant provoquer un état de stress. Chez certaines personnes, lorsqu’il n’est pas d’un niveau trop élevé, le stress n’est pas toujours paralysant ou mauvais pour la santé. Un stress de niveau raisonnable et maîtrisé peut même conduire à une motivation supplémentaire. Lorsque le stress est vécu comme un simple défi à surmonter, il peut devenir un puissant stimulant et donc un véritable atout.

  3. damien dit :

    Bonjour Rémy,

    Intéressant cet article, mais je crois tout de même que le manager doit repérer les peurs sans fondement.
    La peur, comme toute émotion d’ailleurs, est construite par la pensée.

    Montaigne : « Ce ne sont pas les situations qui trouvent les hommes mais ce qu’ils en pensent » (ou quelque-chose comme ça).

    En coaching, je constate par exemple que certains managers manquent de détermination parfois face aux directives à donner à leurs collaborateurs car il craignent les réactions des ces derniers.

    Ce qui donne lieu à un management mou ou flou ou tous perdent. Ou en réunion, le manager ne pas réagit à certains propos ou affirmations qu’ils ne partagent pas car la peur de d’exprimer l’emporte, etc.

    Quand ils comprennent comment lâcher ce type de peur, leur management et leur présence se libèrent. « Ils se prennent moins la tête » et agissent. C’est ensuite en fonction de critères objectifs – paix, joie, … réactions des autres – qu’ils jugent la qualité de leurs actions. Quitte à rectifier le tir s’il y a lieu.

    En général justement, leur intuition première qui était bloquée par la peur, peut ainsi se réaliser avec généralement une grande satisfaction quant à l’amélioration de leur management.

    Damien coach
    Le dernier article de damien: Coaching V.I.P.My Profile

    • Merci beaucoup Damien pour cet éclairage….. les peurs sont généralement non fondées…. quand on ose les regarder et entrer en dialogue avec elles , la plupart du temps elles fondent , sinon elles informent!

      J’ ai lu cette phrase un jour ;  » Les choses dont j’ ai eu le plus peur ne sont jamais arrivées »

      Merci Rémi

  4. Michel dit :

    Très bon article. En ce qui me concerne la peur a normalement le même rôle que la douleur. Elle est en fait un signal d’alarme pour nous indiquer que quelque chose ne va pas. Qu’elle soit intérieure ou reliée à un phénomène externe elle doit être écoutée. Merci pour le partage.

  5. Richard Gélinas dit :

    FORMIDABLE, SI SIMPLE ET SI COMPLEXE D’EXPRIMER NOS PEURS ET DES ÉCOUTER. MERCI

  6. Luc dit :

    Quoi de plus vrai. Un ami entrepreneur d’expérience me racontait aussi que devant la maladie, ou la mort, le défi consiste à gérer sa peur. C’est-à-dire de ne pas se laisser gruger par elle afin de consacrer ses énergies sur la guérison. Bref, il ne faut pas ignorer les peurs, il faut en être conscient, pour ensuite se concentrer sur ce qui cause la peur pour l’éliminer.

  7. Nathalie dit :

    Article vraiment intéressant. Il est vrai que de regarder nos peurs plutot que les fuirs nous aident à se surpasser!

    merci

  8. Daniel dit :

    très intéressant ! et tellement vrai !… Hier, diriger efficacement son entreprise conférait à son manager une image de « Superman », dynamique et performant, doté d’une dentition à rayer le parquet…
    Les temps ont changé et face à un contexte fluctuant en permanence, à la « volatilité » de la clientèle, à l’apparition de nouveaux circuits et de nouvelles formes de fonctionnement, les doutes et les peurs se sont installées. Mais une peur ou un doute intelligemment analysés permet autant d’avancer que des certitudes absolues qui peuvent rendre aveugle.
    D’autant plus qu’à notre époque, l’évolution (technologique,mais aussi des habitudes et comportements, …) est de plus en plus rapide et donne naissance à travers les incertitudes qu’elle génère, des questionnements sur l’avenir (même très proche) qui peuvent effrayer.
    « La peur n’évite pas le danger » disait-on autrefois. Elle peut par contre être un signal, un aiguillon pour réagir à temps et mettre en place de nouveaux systèmes de défense… ou d’attaque.

    • C’ est vrai Daniel que plus on est informé , plus il y a de peurs qui s’ installent ….. mais saisissont aussi toutes les intuitions et informations cachées derrière

      Merci pour ta sagesse et ton humour! Rémi

  9. Nathalie dit :

    Excellent article sur la nécessité de d’abord cerner ses peurs pour éviter de se laisser dévorer par elles. Les confronter aussi, et en tirer le meilleur. J’aime beaucoup Jacques Salomé qui dit que derrière chaque peur se cache un désir. La peur bloque, le désir motive l’action.

  10. Très bonne réflexion, qu va au delà de l’image conventionnelle véhiculée depuis toujours. Accueillir ses peurs et les utiliser au lieu d’être utilisées par celles-ci. Merci pour cet article.
    Réjean Labelle

  11. Bonjour Rémi,

    Quelle approche, au lieu du ne faites pas ci, ne faites pas ça.
    Recevoir le partage de ton expérience est un cadeau.
    Je me permets d’ajouter que celui qui n’a jamais eu peur est un menteur ou un idiot c’est selon.

    Pour ma part, cela tombe pile dans ma situation présentement…

    Merci pour ton aide.


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